Avé ! Il est l’heure de replonger 13 ans en arrière, de ressortir la toge et les sandales pour évoquer un jeu de gestion très marquant et pourtant pas tout jeune : le grand Caesar III.
Rappel historique
Les jeux de gestion qui prennent pour thème l’Empire Romain ne sont pas vraiment légion (voilà, celle-là, elle est faite) mais il existe tout de même quelques titres intéressants sur cet univers. À part la série des Caesars qui comporte quatre épisodes, nous pouvons citer le très rapidement ennuyeux CivRome (2006), l’excellent Rome : Total War (2004), qui dans la plus pure tradition des Total War a un coté gestion très limité, Europa Universalis : Rome (2008), Imperium Romanum (2008) et sa suite Grand Ages : Rome (2009).
Caesar III, made in Sierra, est pour sa part sorti en 1998 et ses qualités qui ont marqué l’univers des city builders à l’époque, en font encore aujourd’hui un jeu fortement plaisant à réinstaller.
Les graphismes, malgré leur âge, sont soignés et très détaillés. Vous pouvez changer l’orientation de la caméra selon les quatre points cardinaux et les bâtiments, facilement distinguables et variés, sont pleins d’animations. Tout cela permet au jeu, encore aujourd’hui, d’être visuellement très agréable et nous pouvons dire que la 3D isométrique a bien vieilli.
Coté son, il assez intéressant de signaler que chaque texte qui s’affiche à l’écran est lu par des voix adaptées (en français, qui plus est) ce qui donne vraiment de la vie à l’univers. Par exemple, lorsque vous interrogez un de vos préfets (par un simple clic) vous l’entendez vous raconter sa vie et les problèmes de la ville. Les musiques, sans être transcendantes, sont bien à leur place, assez discrètes et collent à l’ambiance. Que leur demander de plus ! Le bruit ambiant de la ville peut parfois être usant mais il vous suffira de baisser le volume de ce paramètre si cela vous gène.
Pour les ermites qui n’auraient pas encore testé ce bijou : parlons du principe du jeu. Caesar III vous met à la place d’un gouverneur Romain mandaté par César lui même pour établir des colonies dans des trous paumés de l’empire. La campagne propose des objectifs à la difficulté croissante, mais sans être trop scénarisée. Il vous faudra, par exemple, atteindre un niveau de culture défini tout en ayant un certain nombre d’habitants, puis dans la mission suivante avoir encore plus de citoyens, un niveau de culture similaire mais aussi un taux de divertissement suffisant. Il existe de nombreux critères de défaite à surveiller allant de la famine, du taux de chômage entrainant des révoltes, aux invasions barbares, en passant par l’opinion de l’empereur à votre égard.
Vous avez à votre disposition deux modes de jeu : la campagne, dont le début tient lieu de tutoriel, et le mode bâtisseur (création libre).
Le début de votre cité
Vous débutez donc chaque partie sur une carte ne comprenant qu’une route de terre et un stock de denaris (de l’argent), et il ne vous reste plus qu’à bâtir une mégalopole romaine ! A vous les colisées grandioses, les aqueducs, les termes… Mais également les incendies, les épidémies de peste et surtout le mécontentement du petit peuple.
1. Les habitations
La première chose à faire lorsque vous débarquez sur la carte est d’indiquer les zones où les nouveaux arrivants pourront s’installer (symbolisé par des petits panneaux de bois). Pour qu’une habitation évolue, et paye donc plus d’impôts, vous allez devoir faire attention à de nombreux critères et en premier lieu, la proximité des infrastructures importantes. Par exemple : l’accès à l’eau potable, aux marchés, aux religions, à l’éducation, à la santé, aux divertissements, etc. Vous vous apercevrez très vite de la difficulté de faire venir dans votre cité de riches familles qui bâtiront de grandes villas. La bourgeoisie romaine est exigeante !
Il vous faut également penser que tout ce petit monde a besoin de travail à proximité. Un bâtiment trop éloigné des habitations n’aura pas de main-d’œuvre et ne sera donc pas fonctionnel. D’un autre côté, un lieu de vie trop proche d’une ferme, par exemple, n’évoluera pas du fait du faible attrait du secteur. Vous pourrez toujours augmenter cette valeur en pavant les routes et en construisant des jardins mais il sera très compliqué d’amener un logement à son niveau le plus haut de cette manière. Une des solutions recommandée consiste à séparer les quartiers, c’est à dire construire des logements ouvriers qui n’évolueront pas près des zones industrielles (fermes, entrepôts, etc.) et développer dans un autre endroit de la carte des quartiers riches avec toutes les infrastructures (et la place nécessaire) que cela nécessite (colisée, termes, etc.).
Tout bâtiment doit avoir un accès direct à une route pour fonctionner. Pour ce qui est des habitations, vous pourrez vous éloigner d’une case du chemin sans problème, si vous tentez de poser un panneau plus loin, il disparaîtra.

Exemple d'évolution des habitations au cours du temps. En quelques années, les tentes et les taudis ont laissé la place à de grandes insulas
2. La nourriture et l’eau
L’eau est difficile à gérer en terme de place. Construire un puits n’est pas compliqué mais vos citoyens ne dépasseront pas le stade du camping sans une fontaine pour étancher leur soif. Pour fournir une eau de qualité, il faudra amener l’eau des rivières ou des lacs par un système d’aqueducs et de réservoirs. Ces derniers étant relativement encombrants, il est préférable d’anticiper leur construction assez tôt dans la partie.
Il faudra également penser à nourrir la population. Tous les emplacements ne sont pas propices à l’installation d’une ferme. Une étape importante est donc de repérer les terres arables, symbolisées par des herbes jaunes. Ces dernières étant limitées, il faudra les agencer judicieusement. Une fois les récoltes effectuées, elles seront emmenées par vos paysans dans les greniers avant d’être redistribuées dans les marchés avoisinants qui approvisionneront à leur tour les habitants autour d’eux.
3. Le commerce et l’industrie

Les bateaux de commerce repartent, les cales aussi pleines que les entrepôts et que les caisses de la ville
Vendre des biens est très important dans Caesar III car avec les impôts, ils seront votre seule source d’argent. La production industrielle suit plus ou moins le même schéma pour les différents biens : récolte des ressources de base et transformation en produits de qualités. Par exemple, en récoltant de l’argile vous pourrez le transformer en poterie, en récoltant du bois vous pourrez fabriquer des meubles, etc. Les objets manufacturés peuvent enfin être vendus à d’autres villes ou distribués au marché.
En fonction de votre carte, vous pourrez lier des relations avec divers cités qui proposeront et réclameront différentes ressources. Une fois la route commerciale ouverte, des marchands passeront régulièrement vous voir, par voie maritime ou terrestre. Ils arriveront pour approvisionner vos entrepôts avec ce que vous souhaitez importer et repartiront avec les biens bons pour l’export.
4. La religion et l’empereur
Durant votre mandat de gouverneur, il faudra veiller à ne froisser aucun dieu sous peine de subir son courroux… Ceci est également valable pour l’empereur ! Si au contraire, vous vous mettez un dieu dans la poche, par la construction de grands temples ou l’organisation de fêtes en son honneur, il vous gratifiera par des effets positifs en fonction de son domaine. Par exemple, si vous faites de la lèche à Cérès, déesse de l’agriculture, vous serez assuré d’avoir de bonnes récoltes. César vous demandera parfois de lui envoyer un certain nombre de biens. Hâtez vous de les produire si vous n’en disposez pas sous peine de voir l’opinion de l’empereur à votre égard chuter. Si celle ci descendait trop bas, il pourrait même aller jusqu’à envoyer ses légions contre vous. Heureusement, il n’est pas insensible aux petits cadeaux !
5. La guerre
Selon l’emplacement de votre cité, les options militaires seront disponibles ou non. En effet, passé les trois premières parties de la campagne, vous pourrez choisir entre plusieurs missions, c’est à dire différentes cartes où bâtir votre cité. Certaines se trouvent proches de tribus hostiles qui s’incrusteront régulièrement sur votre lopin de terre bien décidées à raser jusqu’à la dernière tente. Bien que le côté militaire ne soit pas très développé (il s’agit bien d’un jeu de gestion, pas d’un STR), vous aurez tout de même quelques possibilités concernant vos troupes. Ici, vous ne dirigez pas vos hommes individuellement mais donnez des ordres à des compagnies entières. Vous avez le choix entre trois unités différentes : les auxiliaires javelins, les auxiliaires cavaliers et les légionnaires. Seuls ces derniers nécessitent des armes pour être créés (elles même crées à partir de fer).
Pour assurez la défense de votre cité, vous pouvez également construire des murs, corps de garde et tours surmontées de balistes. Ce ne sera évidemment pas suffisant lorsque les éléphants de Carthage seront à vos portes mais ça devrait vous faire gagner le temps nécessaire pour mettre vos soldats en position.
Ce n’est qu’un aperçu des possibilités offertes par Caesar III.
Quid novi ?
En 2006, soit huit ans après le troisième volet, Sierra sort Caesar IV, ce qui marqua la fin de la série. Comme de nombreux hits, le passage à la 3D fût rude, et les graphismes de ce jeu étaient tellement gourmands en ressources que peu de PC de l’époque pouvaient espérer profiter à fond des qualités visuelles du jeu. A l’époque, la principale critique faite au titre était l’absence de nouveauté et d’innovation. Comme souvent, les développeurs ont misé uniquement sur les graphismes au détriment du gameplay, qui est pourtant l’âme des jeux. Nous lui reprochons surtout une gestion difficile de la caméra. Le zoom avant marche très bien, mais le zoom arrière est très faible et ne permet pas de prendre le recul nécessaire à une gestion d’ensemble de sa ville.
On trouve assez facilement sur le net des cartes pour Caesar III, qu’elles soient vierges ou avec les cités impressionnantes d’autres joueurs. Ce jeu fait indéniablement parti de ces vieux titres de qualité que de nombreuses personnes (ré)installent encore aujourd’hui, que ce soit par nostalgie ou parce qu’ils sont passés à côté de ce monument des city buiders. Je ne saurai trop vous conseiller de faire de même !
Il existe un bon vieux cheat qui permet de renflouer ses caisses en denaris. Cela permet aux joueurs débutants de mieux comprendre les mécaniques du jeu. La gestion de l’argent et le commerce sont des aspects primordiaux, aussi je vous invite à vite oublier cette astuce pour réellement bâtir votre cité dans les règles de l’art, à la sueur de votre front (surtout sur celui de vos administrés). Pour activer le cheat, procédez comme suit :
Faites un clic droit sur un puits de votre ville. Ensuite tapez ALT + K pour activer les codes. Appuyez maintenant sur la combinaison ALT + C et vous verrez votre trésorerie augmenter de 1000 piécettes à chaque fois, jusqu’à attendre 5000 Dinaris, le maximum que le cheat permet d’atteindre.
Le côté technique
Beaucoup de oldies sont difficiles à faire tourner sur des machines récentes. Testé en version 1.0 (en français) et sous Seven 64 bits, le premier lancement nous offre la surprise bien désagréable de voir une petite fenêtre aux couleurs criardes à la place du préfet romain qui rythme habituellement chaque lancement de partie.
Rassurez vous, citoyens ! Rien de bien compliqué à corriger : un clic droit sur l’exécutable du jeu (c3.exe), dans les propriétés, l’onglet « Compatibilité » permet de passer à une compatibilité pour Windows XP, cela devrait résoudre le problème. Malheureusement, Caesar III se joue avec une résolution de 1024×768 maximum. Il existe un patch pour passer en version 1.1 mais le site de Sierra étant mort, il n’est pas évident à trouver. Si ça vous intéressez, allez voir ici.
Il est difficile de mettre la main sur les galettes de titres aussi vieux, si vous souhaitez tout de même servir l’empereur, vous pourrez le trouver en dématérialisé chez GOG.com pour six dollars. Pour les timides, il reste la vieille démo. Enfin, si vous êtes sous Linux, sachez que le jeu est disponible sur PlayOnLinux. Un tuto est disponible pour jouer au jeu.
Vale civium romanorum !
10 réponses à“Caesar III 1998”






Une légende ce jeu, merci pour la minute de nostalgie mon p’tit gooddick :)
C’est Shifty que tu dois remercier. Je suis uniquement responsable de la publication de l’article. Et il est vrai que c’est du bon boulot ! :)
Merci d’avoir rendu à César ce qui appartient à César et pour les compliments :) !
C’est surement un des jeux les plus marquants de ma jeunesse, un plaisir de gratter là-dessus et de dépoussiérer mon vieux CD …
En effet désolé pour la méprise, je savais pas qu’il y avait d’autres rédac’ que ce vieux fag ! merci à toi Shifty T_T
Malgré l’IA des habitants à la ramasse, j’ai passé un nombre d’heures incalculables sur ce jeux.
Faudra aussi parler de Pharaon qui apportait quelques nouveautés
Ah oui Pharaon… Bonne remarque, c’est un test à faire ! Il y a beaucoup de bonnes critiques sur lui encore aujourd’hui. C’est vraiment un titre dans la lignée de Caesar III, des jeux comme on en fait plus !
Ahhh Pharaon, le jeu auquel j’ai le plus joué dans ma vie, durant la période pré internet (enfin 56k).
A part la construction des bâtiments historiques je ne me souviens pas de différences notable par rapport à Caesar III.
Le système d’irrigation pour l’accès à l’eau si je ne dis pas de bêtises
Hummm oui, mais non, si je me souviens bien dans Pharaon on ne plaçait les champs que dans les zones inondables par le Nil en priant pour que le dieu machin soit de bon poil à la prochaine crue.
C’est dans Emperor: Rise of the Middle Kingdom qu’il y a un système d’irrigation des culture à construire. (J’y ai très peu joué, j’avais trouvé que c’était trop similaire à Pharaon, mais en moins bien, plus brouillon).
C’est exact. Ma mémoire me fait défaut. Faut dire que j’ai moins joué à Pharaon :)